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L'histoire des lacs de Saint Renan

15/04/2007 - Lu 3157 fois
J'ai trouvé sur Internet un article expliquant la présence de lacs dans la région de Saint Renan.
Pour préserver cette page d'histoire, je l'ai dupliquée.
Merci à son auteur, pour une page à l'aire industrielle, une page qui explique pourquoi l'Ildut a perdu une partie de son cours en 15 années d'exploitation de l'étaing.
Au départ, il y a un homme. Il s'appelle Charles Pavot. Fils d'un industriel de l'algue au Conquet et à Landunvez, il préfère ne pas rouler dans les traces de papa et choisit le métier des armes à l'École Navale. L'affaire se présente bien jusqu'au jour où l'enseigne de vaisseau de 1è classe Pavot tombe malade. Assez sérieusement pour qu'il s'offre trois ans de sana, d'où il sort à la fois guéri et réformé.
Nous sommes en 1948, et bien qu'ayant été reçu à Sup-Elec, Charles Pavot se décide, au décès de son père, mais avec un enthousiasme tempéré par des perspectives assez sombres sur l'avenir de l'algue, à prendre en main les usines. Pour quelques années seulement. Après quoi, il laisse tomber et change radicalement de voie.

En quête de "cailloux bizarres"

"C'était, rappelle-t-il, l'époque où le Commissariat à l'Énergie Atomique, le CEA, offrait de larges opportunités pour rechercher de l'uranium. Je me suis laissé tenter".

Commence alors, avec trois collaborateurs armés de compteurs Geiger et de scintillomètres, une patiente reconnaissance du territoire finistérien. Avec un double objectif en tête: guetter toutes les anomalies dans le domaine de la radioactivité et, " ramasser tous les cailloux bizarres".

Des cailloux bizarres, voilà qu'en 1957 on en découvre dans la région de Saint-Renan, prisonniers des sables alluvionnaires de l'Aber-Ildut et des petites rivières voisines. C'est indiscutablement, selon M. Moussu, l'ingénieur du BRGGM (Bureau des Recher-ches Géologiques, Géophy-siques et Minières), dépêché sur place, de la cassitérite, autrement dit du minerai d'étain.


Obélix était au courant

Oublié pour un moment l'uranium. Dûment porteurs d'un permis de recherche, les deux hommes poursuivent leurs investigations. Armés de tamis, à la manière de chercheurs d'or, voire de pelles pour fouiller plus en profondeur, des ouvriers se référent sur la carte à des découpages bien précis de la zone. En utilisant les mêmes méthodes rudimentaires que les Indonésiens, gros producteurs d'étain, ils peaufinent les premières estimations.

Résultat: avec une moyenne de 750 grammes de cassitérite au mètre-cube, le gisement de Saint-Renan se livre. Mieux: il est considéré comme l'un des meilleurs du monde. Charles Pavot, en son for intérieur, était sûr du résultat. Avec quelques historiens de ses amis, il avait en effet, dans le même temps, étudié l'histoire de cet armateur grec, Arganto-nios, qui effectuait, vers 650 avant J-C, des transports de minerai d'étain depuis de mystérieuses îles Cassitérides (tiens, tiens!) vers le non moins mystérieux port de Tartessos, près de Cadix.

Pas de doute pour Charles Pavot: ces fameuses Cassitérides n'étaient autre que les îles de l'archipel de Molène et le port d'embarquement pouvait bien se situer à Landunvez: Argantonios chargeant à Argenton, comment résister à l'analogie des noms?...

Ici, arrêt sur image pour laisser ricanier les historiens "sérieux". Il n'empêche que sur le site on retrouvera plus tard les traces de la fonderie d'étain exploitée par un Obélix local et qu'aujourd'hui, tout compte fait, les historiens ricanent moins.


Deux dragues sur le site

En 1960, l'affaire est lancée. La Compagnie Minière de Saint-Renan (la COMIREN) se constitue avec 50% du capital de 2,5 millions au BRGGM et 50% à l'inventeur du gisement ainsi qu'à des partenaires financiers et industriels. Il était temps car un million avait déjà été dépensé dans l'exploration et il fallait bien le récupérer. Ce qui fut fait, car ce gisement à haute teneur se révéla rapidement très rentable.

Il exigea d'ailleurs par la suite des investissements considérables. Au monitor (une lance à haute pression), chargé de désagréger les alluvions avant leur passage en laverie, succéda au bout d'une année une moderne drague suceuse qui fut, quelques années plus tard, suivie d'une seconde, toutes deux flottant sur des lacs en formation et allant aspirer le minerai jusqu'à près de dix mètres de profondeur.


130 hommes 24 heures sur 24

Au plus fort de son exploration, la COMIREN employa ainsi 130 mineurs, travaillant 24 heures sur 24, auxquels s'ajoutait une cinquantaine d'autres, des itinérants dépêchés sur des gisements potentiels dans toute l'Europe. En Espagne par exemple... et, plus près de nous à Lanmeur où, faute d'étain, on récupéra tout de même dix kilos de poussière d'or!

Quant à la cassitérite, elle alla se faire traiter tout d'abord en Angleterre, lestant les cales des ferries de la BAI sous des cargaisons de choux-fleurs, puis par le rail à Madrid, où les conditions financières se révélaient plus intéressantes.

Tout cela valut à Saint-Renan l'appellation, non usurpée, de capitale européenne de l'étain.


Le sable en prime

Au total, 6.000 tonnes de cassitérite furent extraites de l'Aber-Ildut, à Saint-Renan et un peu à Bourg-Blanc, ce qui représenta 4.000 tonnes de métal pur. A 8.500 F la tonne, les comptes sont faciles à faire. D'autant que, parallèlement, une autre activité, jugée marginale au départ, prit une soudaine extension lorsqu'on s'y attela sérieusement. Il s'agissait du sable résultant des lavages, dont une colline de 500.000 mètres-cubes s'éleva un moment sur la mine.

 

Ce sable de haute qualité trouva preneur sans difficulté, à telle enseigne que la COMIREN en écoula un moment, à bon prix, jusqu'à 5.000 tonnes par jour. Il trouva preneur pour le bâtiment, les ouvrages d'art et les chantiers routiers, comme les voies express Brest-Morlaix et Brest-Quimper.

Au début de l'exploitation, la désagrégation des alluvions était exécutée grâce à un monitor, une lance à très forte pression auquel succède, en 1962, une drague suceuse pouvant traiter quotidiennement 2.000 m3 de sable.

Cinq lacs en souvenir

En 1975, le gisement d'étain s'épuisa. Tandis que l'exploitation de sable se poursuivait (elle fonctionne encore aujourd'hui à proximité), la COMIREN ferma boutique, non sans avoir pratiquement reclassé tout son personnel, dont une bonne part avait d'ailleurs profité du statut de mineur pour partir en retraite à 50 ans.

A Saint-Renan, de ces quinze années d'activité étonnante, il reste... une rue de l'Étain, une belle salle au musée d'histoire locale, consacrée à la COMIREN, et cinq grands lacs dont l'un, celui de Ty-Colo, est utilisé par la commune pour des activités nautiques.

Charles Pavot, écologiste avant l'heure, l'avait promis: à son départ, tout serait remis en état. Ce qui fut fait.

 

Yves CARIOU

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